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Coronavirus : notre système politique a baissé le rideau …

Publié le par pugnace

Aujourd’hui, nous subissons, sidérés, les progrès de la pandémie tandis que le système que nous connaissons a baissé le rideau.
Aujourd’hui, nous subissons, sidérés, les progrès de la pandémie tandis que le système que nous connaissons a baissé le rideau.

Aujourd’hui, nous subissons, sidérés, les progrès de la pandémie tandis que le système que nous connaissons a baissé le rideau.

A chaque drame humain, son roman "d’extrême conscience". Aux lendemains des attentats de Paris en novembre 2015, les ventes de "Paris est une fête", d’Ernest Hemingway, ont explosé. Au mois d’avril dernier, l’incendie de Notre-Dame de Paris fait s’envoler les ventes de "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo. Aujourd’hui, l’épidémie du Coronavirus fait monter en flèche les ventes de "La Peste" d’Albert Camus.

Cette chronique de la vie confinée des habitants d’Oran durant une épidémie de peste, fait écho à la pandémie qui déferle sur le monde. Partout nous rencontrons des gouvernants aveugles qui tardent à regarder la réalité en face, les mesures de confinement, la diversité des réactions face au mal, par le déni, l’arrogance, la magouille, la panique, la fuite ...

Le constat est sombre : nos dirigeants connaissent-ils seulement l’histoire ? A défaut, ont-ils jamais lu Camus, ou autres auteurs engagés, dont les œuvres offrent une réelle réflexion sur les sociétés humaines? Sont-ils seulement incultes, inconséquents ou cyniques ? Comment comprendre les pas de clerc de l’ex ministre de la santé et du premier ministre ? Comment comprendre les interventions contradictoires du chef de l’Etat sinon à penser qu’il a cédé à de médiocres préoccupations politiques pour faire « respirer », dit-il, une démocratie qui n’est plus en réalité que l’ombre d’elle-même. Comment comprendre le maintien du premier tour de scrutin des élections municipales dans ce contexte à haut risque ? Le résultat reste que sept jours après ce premier scrutin du 15 mars, des Présidents et assesseurs de bureaux de vote sont déclarés positifs au coronavirus ! Sacrifiés par inconséquence, obsession du pouvoir; sacrifiés pour préserver – abstention aidant - une carte municipale à partager par l’entre soi politique existant. Pour cette seule raison, sans même y rajouter celles d’atteinte à l’égalité des citoyens devant le vote*,  l’élection municipale doit être entièrement annulée.

De ce qui se passe, nous sommes tous responsables : citoyens passifs ou fatalistes, clientèle  décomplexée, qui nous résignons depuis des années à accepter ces jeux politiciens médiocres. Autant d’ambitions souvent purement opportunistes qui privent le pays – à tous niveaux, local et national - des ressources essentielles à notre vie collective.

Aujourd’hui, nous subissons, sidérés, les progrès de la pandémie tandis que le système que nous connaissons a baissé le rideau. Le coronavirus expose à l’œil nu la faillite de la gouvernance moderne. Le contrat social entre l’Etat et les citoyens fondé sur la capacité du premier à garantir la sécurité et la santé des autres a volé en éclats.

Nos sauveurs ne sont pas nos responsables politiques, ce sont des médecins chercheurs de l’hôpital public qui en dépit de leur manque de moyens dénoncé depuis des années - restriction des aides à la recherche médicale et des moyens logistiques - sont engagés à la pointe du combat contre le coronavirus. L’engagement du docteur Rieux dans "la Peste" est incarné aujourd’hui par le Professeur Raoult qui se heurte encore aux lourdeurs d’un système dont les limites sont pourtant criantes en ce contexte de crise. Au quotidien des soins, ce sont aussi tous ces héros anonymes – médecins, infirmières, aides soignantes … - que l’Etat a envoyés au casse-pipe.

L’Etat qui a progressivement rompu le contrat social en devenant lui-même un acteur économique surtout préoccupé par la régulation des activités financières et bancaires; par la réduction des coûts du travail; par l’encouragement d’une délocalisation de la production dont celle des médicaments clefs ! En bref, par le développement du secteur privé au détriment du secteur public. Le résultat, nous le prenons de plein fouet aujourd’hui : un affaiblissement du secteur public hospitalier alors même que seul l’Etat est en mesure de répondre à une crise sanitaire d’une telle ampleur. Mais nous l’avons souvent écrit pour avoir une tête (Etat) saine, il faut un corps sain (élus locaux) dont l’expérience locale ne peut que nous faire très sérieusement douter. La dilapidation de l’argent public, voire son détournement là aussi au profit d’intérêts privés, c’est autant de manque de moyens pour assurer le mieux être et également la sécurité collective, santé incluse.

Cette crise sanitaire met en lumière tous les manquements quotidiens d’une citoyenneté mise à mal par des clans politiques aux aspirations de pouvoir plus que de bien commun. De par leur faute, nous sommes tous en danger !

Dans "la Peste", Albert Camus rappelle, lorsque l’épidémie régresse, que  "les habitants, enfin libérés, n'oublieront jamais cette difficile épreuve qui les a confrontés à l'absurdité de leur existence et à la précarité de la condition humaine."

Peut-on l’espérer ? Le coronavirus nous fera-t-il prendre conscience individuellement de la nécessité d’un engagement collectif pour réviser les travers d’un système à bout de souffle. Comme nous le rappelle Camus, "chacun la porte en soi, la peste, parce que personne, non, personne au monde n’en est indemne…" Alors oui, nous sommes tous responsables de ce qui nous arrive et c’est notre capacité à en tirer leçon qui peut nous faire espérer améliorer notre vie commune.

L’épidémie et ses conséquences sur la vie en société dépassent largement la seule dimension sanitaire. Ne nous y trompons pas, le changement ne viendra pas d’en haut. Nous avons hélas l’expérience des discours sans lendemain. Sans changement des mentalités et de la société elle-même, le coronavirus et ses milliers de morts resteront un drame humain … Un drame susceptible de se reproduire avec la même brutalité à tout moment.

Et les politiques locales et nationales pourront prospérer à l’accoutumée.

 

*Voir notre article «  NON AUX CORONA … MAIRES » du 20 mars 2020 et notre appel à signer cette pétition :

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